ICtelecom change de braquet et dévoile ses ambitions
Passé du Marché Libre sur Alternext mai dernier, l’opérateur IP ICtelecom entend monter dans la chaîne de valeur des services et vise d’ici trois ans les 100 M€ de chiffre d’affaires ; un objectif basé à moitié sur sa croissance organique et à moitié sur de la croissance externe.
par
Ariel Gomez
Goel Haddouk, PDG d'ICtelecom
Créée par Goel Haddouk en 1997, un an avant l’ouverture à la concurrence du marché des télécoms, ICtelecom s’était initialement spécialisée dans la revente de minutes à l’international. Puis, avec l’arrivée du protocole Internet, l’entreprise s’intéresse à la voix sur IP et à la manière de porter ce type d’offres auprès des TPE. La vente de la simple VoiP auprès de cette clientèle s’avérant un succès mitigée, ICtelecom persiste en essayant de bâtir une offre plus complète (communications, messagerie, facture unique…)… et en mettant sur le marché une des premières offres d’IP Centrex. Cette première offre à très bas coût, basée sur l’Internet public, rencontre les mêmes problèmes de qualité et de fiabilité que les offres concurrentes. Mais elle ouvre un marché prometteur. Pour se donner toutes les chances d’y prendre part, ICtelecom va racheter en novembre 2007 (par échange d’actions) son fournisseur de technologies, Activ Telecom. « Nous avons l’usine de production des services télécoms, explique Denis le Brizault, directeur général d’ICtelecom. Nous n’avions donc plus de licences à payer, tout en maîtrisant de bout en bout la chaîne de production de nos services ».Grâce à cette maîtrise totale de la production, la qualité et l’espace économique de l’offre s’améliorent énormément, et les ventes connaissent une croissance exponentielle. « Depuis deux ans, il n’y a plus de barrières à l’IP Centrex », précise Denis le Brizault pour expliquer cette progression. L’année 2007 est également pour ICtelecom celle de son inscription en Bourse, sur le Marché Libre ; un compartiment de la Bourse que l’entreprise quittera en mai de cette année pour passer dans la cour des grands d’Alternext, histoire de rassurer à la fois les clients et les investisseurs. Objectif 100 M€Mais l’opérateur ne compte pas s’arrêter là. Après avoir signé un accord de MVNO avec SFR fin 2009, officialisé depuis l’activation du service en juin 2010, ICtelecom compte bien « monter » dans la chaîne des services et pousser à fond l’intégration des services de convergence. « La convergence tarifaire, ce n’est pas la panacée en termes de service, poursuit Denis le Brizault. Nous avons développé une vraie convergence fixe-mobile [en technologie MGCP]. Ces offres de convergence ont pour but d’anticiper le déclin des revenus sur la voix fixe ». Parmi les nouveaux services, on trouve du webfax, de la messagerie en open source (zimbra), et aussi tout simplement l’accès sur son mobile aux principales fonctions de son autocom d’entreprise. « Nous visons les 100 M€ de chiffre d’affaires en trois ans [versus 16 M€ pour le dernier exercice publié, clos en juin 2009] ; un objectif que nous comptons réaliser pour moitié en croissance organique, via l’ouverture d’agences en province notamment, et pour moitié en croissance externe », détaille Denis le Brizault. Pour cette dernière partie, ICtelecom n’envisage pas forcément l’acquisition de sociétés télécom, mais plutôt celle de « sociétés qui délivrent des services numériques aux entreprises ».Sur un marché encore détenu à 80 % par France Télécom, et « mal adressé par les grands opérateurs », ICtelecom vise le tiers des 2,6 millions des TPE adressables. A ce jour, l’entreprise compte 18 000 utilisateurs, sans compter les 3500 postes en cours d’installation à l’Université de Paris V –Descartes, sur une plate-forme dédiée. Le fait d’avoir décroché un contrat d’une telle ampleur donne à ICtelecom l’idée d’aller titiller le marché des PME ; entités par définition « plus réticentes à externaliser [leur IPBX] » en raison des DSI qui veulent « garder la main sur tout ». L’opérateur est en effet capable d’intégrer tous les outils de communication qu’utilisent les PME, comme l’audio et la visio-conférence, les caméras IP de vidéosurveillance… Mais pour cibler ce marché, ICtelecom se dotera d’une structure commerciale dédiée. « Depuis 18 mois, nous sommes passés sur une autre dimension, conclut Denis Le Brizault. Nous avons vraiment la volonté de nous poser comme une alternative à France Télécom. Et, à terme, nous ne nous interdisons par d’aller à l’international, notamment sur le marché américain, pour y exporter notre vision du guichet unique ».