Assises du THD : les élus rappellent l’importance de la fibre optique
Les élus ont tous rappelé l’importance du très haut débit pour le territoire. Le patron de l’Arcep a quant à lui remis perspective le rôle des régulateurs et leur impact sur le marché.
par
Thomas Pagbe
Tenues cette année dans la Maison de la Chimie – à deux pas de l’Assemblée nationale - les Assises du Très Haut Débit - organisées par Aromates et l’Idate, sous le parrainage de Fleur Pellerin, ministre en charge de l’économie numérique, et sous la présidence du sénateur de la Moselle Philippe Leroy -, ont une fois de plus permis de prendre la température sur ce chantier d’importance. Alors que les intentions du nouveau gouvernement sur ce dossier restent encore floues, les nombreux élus et responsables des collectivités ont tenu à rappeler l’importance pour le pays de se doter d’une infrastructure de très haut débit (THD). En matière de très haut débit, l’Europe reste en retard. « Sur l’ensemble des foyers abonnés, on compte moins de 18 % d’abonnés au THD », indique Roland Montagne, directeur de la Business Unit télécoms pour l’Idate. « A la fin de l’année 2011, la France comptait moins de 11 % d’abonnés au THD. Les PME ne voient pas tous les bénéfices qu’elles peuvent tirer des cette technologie ». Pierre Michel Attali, responsable du pôle réseaux et collectivités locale à l’Idate a quant à lui fait part d’une vision bien plus pessimiste quant à la construction d’un réseau de fibre optique à l’échelle de la France. « Les opérateurs visent une couverture de 60 % de la population d’ici 2020. Pour le reste du territoire, il faudra attendre 2040 voire 2060 ».Jean-Ludovic Silicani, président de l’Arcep
Les représentants des collectivités et des régions ont en revanche tenu à montrer qu’ils avaient pris la pleine mesure de la situation. Alain Lagarde, conseiller régional et président du syndicat mixte DORSAL Limousin, a souligné quant à lui le rôle de « pilier » de l’Economie numérique des collectivités. De son côté, Gilles Quinquenel, président de Manche numérique, a rappelé que la « mutualisation des investissements [était] incontournable ». Evoquant le financement, l’élu normand a également souligné que l’ensemble des dispositions pour financer le développement du THD n’a avaient pas été prises. « Un travail nécessaire doit encore être mené sur le FANT [Fond d’Aménagement Numérique du Territoire, instauré par la loi Pintat] » a souligné Gilles Quinquenel. Jean-Ludovic Silicani, a également adopté un ton positif. « Le rythme des réalisations s’est largement accéléré au cours de ces 12 derniers mois, d’autant que ce chantier s’inscrit dans le long terme », a indiqué le patron de l’Arcep. Sans jamais le citer, Mr Silicani a également décoché quelques discrètes flèches à l’intention d’Arnaud Montebourg, le ministre du redressement productif. Ce dernier s’est illustré ces dernières semaines par des propos peu amènes à l’endroit de l’Arcep. Dénonçant un débat « idéologique », Jean-Ludovic Silicani a notamment insisté sur l’exemple américain en matière de régulation et sur ses effets. « Quelle est la situation aux Etats-Unis ? Il y a, effectivement, moins de concurrence, et un mouvement de concentration des opérateurs a eu lieu. Quel est le résultat ? En 10 ans, la destruction de 400 000 emplois, soit 30 % des effectifs du secteur. Ça n’est pas une surprise. Les rapprochements d’opérateurs se font généralement pour réaliser des économies. Et, cerise sur le gâteau, les prix de détail sont deux fois supérieurs à ce qu’ils sont en Europe. » Aux Etats-Unis, le prix moyen pour bénéficier d’un forfait internet fixe tourne autour de 80 euros contre une trentaine d’euros en France. « On ne peut pas non plus accuser les régulateurs européens des télécommunications d’être obsédés par la concurrence. Depuis l’origine et de façon croissante, ils ont, au contraire, contrebalancé l’objectif concurrentiel par d’autres objectifs d’intérêt général ». Dénonçant un débat « idéologique », Mr Silicani a rappelé le rôle des régulateurs européens qui ont facilité la naissance d’une concurrence saine entre opérateurs sans destructions massive de l’emploi.