jeudi, 15 septembre 2016 10:45

« Le rassemblement de Tutor et Covage couvrira 1,3 million de foyers et d’entreprises »

Écrit par 
Jean-Michel Soulier, président de Covage Jean-Michel Soulier, président de Covage Jim Wallace

INTERVIEW. Covage, piloté par Jean-Michel Soulier, s’apprête à racheter Tutor. Cette opération de consolidation entre deux opérateurs spécialisés dans la construction de réseau de fibre optique, crucial pour l’avenir du marché des RIP, permettra de faire émerger un acteur plus solide et doté de moyens plus conséquents.

 

JDT : Pourquoi avez-vous choisi de mettre la main sur Tutor ?

Jean-Michel Soulier : Cela fait un certain temps que nous évoquons notre volonté de  participer à la consolidation du marché des opérateurs d’infrastructures qui s’occupent des Réseaux d’initiatives publique (RIP). Nous estimions que face aux grands opérateurs intégrés, dotés de réseaux et capables de fournir des services de détails, il était bon pour tout le monde qu’il y ait un opérateur indépendant, mais de taille suffisamment  importante pour être un interlocuteur fiable, aux yeux  des collectivités et de l’Etat. Nous avons discuté avec Tutor un certain nombre de mois. Nous avons tous deux considérés qu’il y avait des similitudes et des complémentarités. Nous sommes, par exemple, tous les deux indépendants des opérateurs de détails. Nous n’avons pas de FAI pour maison-mère. Avec cette acquisition, nous espèrerons créer un leader indépendant dans le marché des opérateurs de RIP.


Le rachat de Tutor permettra-t-il au nouvel acteur créé d’améliorer sa couverture géographique ?

Chacun de ces deux opérateurs est présent sur une zone géographique différente. Covage est notamment présent le Nord-Pas-de-Calais-Picardie (anciennement Nord-Pas-de-Calais), sur la façade Ouest du pays, dans des villes comme Caen, le Havre et Nantes. Covage dispose également d’une présence forte en région parisienne avec la Seine-et-Marne, les Yvelines et l’Essonne. Tutor dispose, entre autres, d’un gros réseau FTTH dans  le Calvados et d’un réseau pour les entreprises dans l’Essonne. La liste n’est bien sûr pas exhaustive. Rien qu’en région parisienne, ce rapprochement permettra de créer un pôle puissant.


A combien se portera le nombre total de prise FTT déployées par le nouvel ensemble ?

A termes, le rassemblement de Tutor et Covage permettra de couvrir 1,3 million de foyers et d’entreprises. Il s’agit d’un objectif proche car il y a encore des réseaux en cours de construction. Aujourd’hui, il y a 200 000 foyers où le réseau est déjà déployé et où un FAI peut fournir du service. Il y a 130 000 entreprises couvertes où un opérateur peut demander un raccordement.

 

 

N’avez-vous pas peur, en constituant ce grand groupe, de repousser des grands opérateurs qui vous verraient, beaucoup plus comme un rival ?

Je ne peux pas dire si nous leur ferons peur ou pas. En revanche, je pense que la fibre c’est de l’infrastructure que l’on peut comparer à une autoroute. On ne demande pas aux voitures et aux camions  de rouler tant que l’autoroute n’est  construite. Nous souhaitons que les FAI soient clients des RIP mais, avant cela, il faut construire les prises. Je pense que qu’indépendamment de la taille de l’opérateur d’infrastructures, les grands opérateurs vont être clients des RIP. Il faudra bien qu’ils servent les demandes des clients. Les grands comme les petits opérateurs, nous disent qu’ils veulent réaliser des économies d’échelle avec les opérateurs qui gèrent les infrastructures. Si possible, avoir un nombre de prises sur lesquelles ils peuvent avoir un guichet unique en termes de système d’information et disposer d’une homogénéité d’ingénierie du réseau. C’est ce que nous leur proposerons, à savoir un marché d’une certaine taille pour gagner des clients. Ensuite, nous pensons que l’émulation va jouer entre eux. Evidemment qu’ils viendront car ils ne veulent pas perdre des parts de part de marché. C’est tout aussi vrai pour les autres.  Pour autant, nous ne voulons pas brusquer le mouvement. Les grands opérateurs viendront progressivement.

 

Que comptez-vous faire pour accélérer la venue des opérateurs alternatifs sur vos réseaux ?

Aujourd’hui, la question n’est plus de les attirer mais de leur faire gagner des abonnés et d’accompagner leur développement. Nous avons une offre technique qui leur correspond puisque nos réseaux sont activés. Ils peuvent s’interconnecter à Paris au THD 2 et adresser l’ensemble des prises sur le réseau. Ils n’ont pas à déployer d’équipements sur le réseau. Du côté des tarifs, nous appliquons les tarifs les plus avantageux dans le cadre des lignes directrices qui nous sont données. Il faut qu’ils puissent gagner leur vie avec leurs clients. Nous proposons toute une palette d’actions de soutien à la commercialisation. Nous avons des équipes commerciales rencontrent les municipalités, organisent des réunions publiques, font des opérations de street marketing, présentent les offres et rencontrent les habitants. Nos programmes de co-marketing qui sont ouverts aux petits comme aux grands FAI. Selon nous, tout cela, ça aide les opérateurs alternatifs.

 

Imaginez-vous un autre outil qui pourrait permettre au marché de RIP de décoller ?

Ce qui manque, c’est la notoriété des FAI alternative. Si dans un RIP, il n’y a pas Orange, SFR Bouygues ou Free, il existe quand même des offres. Videofutur dispose d’une offre tout à fait originale avec un accès aux contenus, par thématique avec un service de SVOD. Tout cela marche très bien. Cependant, ces marques restent inconnues par le grand public. Je rencontre parfois des gens qui habitent dans des villages. Ils savent que la fibre est disponible mais ils n’ont pas confiance car ils ne connaissent pas les opérateurs de services alternatifs. Tout le monde – la collectivité, les opérateurs et l’Etat- les doit faire des efforts pour améliorer la notoriété des opérateurs alternatifs. On ne peut pas attendre sans rien faire que les opérateurs connus viennent. Il faut conforter ceux qui sont présents en leur donnant une plus grande visibilité auprès du grand public.


Que pensez-vous de l’action entamée pour l’Arcep pour unifier les tarifs de gros pratiqués par les opérateurs privés et les RIP ?

Nous sommes favorables à un tarif unifié. Pour nous, cela clarifierait les règles et aiderait le marché à se développer. Evidemment, nous sommes vigilants sur ce tarif. S’il devait être trop faible, il pénaliserait les collectivités et trop élevé les clients ne viendraient pas. Une telle initiative est, c’est certain, de natures à développer les réseaux.


Avez-vous remporté des contrats avec des collectivités au cours de ces derniers mois ?

En 2016, nous n’avons pas encore finalisé de contrat avec des collectivités. Cependant, en fin d’année dernière, nous avons remporté plusieurs projets. En 2015, nous avons signé un contrat avec la métropole de Lyon. Il s’agit de déployer un réseau de 900 km de fibre pour les entreprises. C’est un contrat de délégation de service publique (DSP) de 25 ans. Le réseau est en cours de construction. Nous allons  ouvrir les premiers services en octobre 2016. Début 2015, nous sommes entrés dans la deuxième phase de construction du réseau de la Seine-et-Marne. C’est également une DSP de 25 ans pour déployer 320 000 prises FTTH dans les foyers et les entreprises. Il y a d’autres succès. A la fin de l’année 2015, nous avons signé un partenariat avec le département des Yvelines qui possède un réseau de fibre pour les entreprises mais ne disposait pas, jusqu’ici, de DSP pour le gérer. Le 78 cherchait un partenaire pour relancer ce réseau. Nous avons commencé à commercialiser dans les zones d’activité en novembre dernier et ça démarre très favorablement. Nous avons signé un contrat avec le marché de Rungis.


La date de 2022 fixée par l’Etat pour couvrir la totalité du territoire en fibre optique se rapproche. Pensez-vous cet objectif sera atteint ?

L’année, qu’il s’agisse de 2022 ou 2025 n’est pas vraiment le sujet. Le principal, c’est que le chantier avance. Un gros travail a été fait par l’Agence du Numérique, l’Etat et les collectivités pour répondre à ce plan. J’espère qu’il n’y aura pas de changements au niveau politique. Il ne faut pas de modifications à l’échelle nationale remettent en cause l’existence de ce plan. Ce serait dommage pour les industriels du secteur.

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